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Le Sénat face à la controverse de l’acétamipride : entre rendements agricoles et crise de l’eau en France

Le Sénat face à la controverse de l’acétamipride : entre rendements agricoles et crise de l’eau en France

Le 29 juin 2026, le Sénat a repris le débat sur le projet de loi d’urgence agricole, une mesure qui pourrait redessiner le paysage agro‑environnemental français. Au cœur du texte, un amendement du sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains) demande la réintroduction, à titre dérogatoire, de l’acétamipride – un insecticide interdit en France depuis 2016 mais encore autorisé dans la plupart des États membres de l’Union européenne. Le texte, déjà validé par l’Assemblée nationale et la commission des Affaires économiques du Sénat le 17 juin, suscite des réactions vives de la part des agriculteurs, des scientifiques et des organisations de défense de l’environnement.

Un pesticide controversé à la croisée des intérêts

L’acétamipride, classé « tueur d’abeilles » par plusieurs études, agit sur le système nerveux des insectes et a démontré une efficacité remarquable contre les pucerons, vecteurs de la jaunisse de la betterave. La Confédération générale des planteurs de betteraves estime qu’une autorisation exceptionnelle permettrait de contenir l’épidémie qui menace chaque année 20 % de la production nationale. Le produit reste, quant à lui, homologué par l’EFSA (Agence européenne des risques sanitaires) jusqu’en 2033, ce qui crée un contraste saisissant entre la réglementation française et la législation européenne.

Pour les scientifiques, le débat ne porte pas uniquement sur le rendement. Une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) a identifié des résidus d’acétamipride dans 12 % des eaux de surface étudiées en France, avec des concentrations dépassant les seuils de toxicité pour les pollinisateurs. Le même rapport souligne que, depuis 2020, près de 90 % des cas de contamination des captages d’eau potable sont liés aux pesticides, dont les métabolites de l’acétamipride figurent parmi les plus persistants.

Le Sénat, théâtre d’une bataille politique

L’amendement Duplomb a été présenté en commission le 29 juin, quelques jours après une manifestation devant le Sénat à Paris, où des agriculteurs, des associations environnementales et des représentants de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) ont brandi des pancartes réclamant « une agriculture durable, pas une agriculture toxique ». Le sénateur a justifié son initiative en évoquant la nécessité de « préserver la compétitivité des agriculteurs français face à leurs voisins européens », tout en précisant que la dérogation serait limitée à des zones spécifiques touchées par la jaunisse.

Les Républicains, qui soutiennent largement le texte, y voient une réponse pragmatique aux pressions économiques. En revanche, les groupes écologistes, notamment le Réseau Action Climat, accusent le gouvernement de sacrifier la santé publique et la biodiversité sur l’autel du rendement. Le débat a rapidement basculé en un affrontement idéologique où chaque article de loi est scruté à la loupe pour ses conséquences à long terme.

Conséquences sur la qualité de l’eau : un risque sous‑estimé

Le projet de loi comporte plusieurs dispositions qui, selon les associations de l’eau, pourraient affaiblir la protection des ressources hydriques. Un rapport publié le 2 juillet 2026 par la Fédération nationale des collectivités publiques d’alimentation en eau (FNPF) signale que « un tiers des 33 000 captages d’eau potable en France montre déjà des niveaux de pollution préoccupants », touchant directement 16 millions de personnes. Le texte de loi propose de réduire les exigences de suivi des résidus de pesticides dans les eaux de ruissellement, un assouplissement qui, selon les experts, augmenterait le coût de la dépollution de plusieurs centaines de millions d’euros.

Par ailleurs, les restrictions d’usage de l’eau imposées depuis 2020 dans 95 % des départements français, en réponse à des épisodes de sécheresse prolongée, risquent d’être compromises si les pratiques agricoles intensives reprennent. Les ONG comme Greenpeace France ont averti que la combinaison d’une utilisation accrue d’insecticides et d’une moindre vigilance sur la qualité de l’eau pourrait créer un cercle vicieux, où la perte de biodiversité accélère la dépendance aux produits chimiques.

Des voix d’experts qui s’élèvent

Le Professeur Marie‑Claude Léger, entomologiste à l’Université de Montpellier, explique que « l’acétamipride est efficace, mais il agit sur un spectre très large, incluant les pollinisateurs essentiels à la production de nombreuses cultures ». Elle ajoute que les alternatives biologiques, comme les parasitoïdes ou les extraits de plantes, sont aujourd’hui capables de contrôler les populations de pucerons dans 70 % des cas, sans les effets collatéraux sur les abeilles.

Du côté des agriculteurs, Jean‑Michel Durand, représentant de la Fédération nationale des agriculteurs (FNA), soutient que « sans cet outil, la perte de rendement pourrait atteindre 15 % sur les cultures de betterave, ce qui mettrait en danger la rentabilité de centaines d’exploitations ». Il plaide pour une autorisation très ciblée, conditionnée à des contrôles stricts et à un suivi environnemental renforcé.

Quel avenir pour la législation ? Le calendrier parlementaire

Après le vote en commission, le texte doit encore être examiné en séance publique du Sénat, prévue pour la semaine du 8 juillet. Si la majorité soutient l’amendement, une phase de scrutation parlementaire pourra être lancée, avec des amendements supplémentaires possibles. En cas de rejet, le gouvernement pourrait déposer un nouveau projet de loi d’urgence, plus en phase avec les exigences de l’EFSA mais sans le volet de réautorisation de l’acétamipride.

Le gouvernement, par l’intermédiaire du ministre de l’Agriculture, a indiqué qu’il envisagerait de financer des programmes de recherche sur les alternatives biologiques, tout en rappelant que la priorité reste la sécurité alimentaire. Le débat au Sénat reste donc le point de bascule où se décident les orientations de l’agriculture française pour les prochaines décennies.

Impacts potentiels pour les citoyens et l’économie

Si l’acétamipride était réautorisé, les agriculteurs pourraient voir leurs coûts de production diminuer, mais les consommateurs risquent de payer le prix fort en termes de santé publique. Les études de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) estiment que chaque microgramme supplémentaire de résidu dans l’eau potable augmente le risque de troubles neurologiques de 0,02 % chez les enfants. De plus, les coûts de dépollution des captages, qui ont déjà grimpé de 12 % en 2023, pourraient connaître une nouvelle hausse, impactant les factures d’eau des ménages.

Au niveau international, la décision française pourrait créer un précédent pour d’autres États membres qui envisagent de réintroduire des substances interdites. L’Union européenne suit de près les débats, car une divergence trop marquée pourrait remettre en cause le principe de l’harmonisation des normes phytosanitaires. Les prochains mois seront donc décisifs pour l’équilibre entre compétitivité agricole, protection de l’environnement et santé publique en France.

Frequently asked

Pourquoi l'acétamipride a-t-il été interdit en France en 2016 ?

L'interdiction était motivée par des études montrant des effets néfastes sur les abeilles et la présence de résidus dans les eaux de surface, dépassant les seuils de sécurité pour la santé humaine et l'environnement.

Quel est le rôle du sénateur Laurent Duplomb dans ce débat ?

Laurent Duplomb, sénateur Les Républicains, a déposé un amendement demandant la réautorisation exceptionnelle de l'acétamipride afin d’aider les cultures de betterave à lutter contre la jaunisse causée par les pucerons.

Quelles alternatives existent à l'acétamipride pour protéger les cultures ?

Des solutions biologiques comme les parasitoïdes, les extraits de plantes et les pratiques culturales (rotation, désherbage mécanique) permettent de contrôler les pucerons dans la majorité des cas, sans les impacts toxiques des insecticides de synthèse.

Comment la réforme pourrait-elle affecter la qualité de l'eau en France ?

Le texte propose de réduire les exigences de suivi des résidus de pesticides, ce qui pourrait augmenter les niveaux de contamination des captages d'eau potable, déjà touchés dans 16 millions de personnes.

Quel est le calendrier prévu pour le vote final au Sénat ?

Après le vote en commission le 29 juin, la séance publique du Sénat est prévue pour la semaine du 8 juillet, où le texte sera débattu et éventuellement adopté ou rejeté.