Lorsque l’entraîneur français Hervé Renard a accepté, en plein cœur du tournoi, de prendre les rênes de la sélection tunisienne, l’espoir était de sauver un groupe déjà en plein chaos. Trois jours plus tard, la Tunisie s’incline 1‑3 face aux Pays‑Bas, scellant le bilan le plus sombre de son histoire à la Coupe du Monde. Retour sur une soirée qui a confirmé la crise profonde du football tunisien.
Un départ déjà compromis : la débâcle contre la Suède et le Japon
Le groupe A, où la Tunisie était placée, s’est avéré être l’un des plus redoutables du tournoi. Dès le premier match, les Aigles de Carthage ont subi une humiliation 5‑1 face à la Suède, un résultat qui a provoqué la chute de Sabri Lamouchi, alors sélectionneur, et un tumulte au sein de la Fédération tunisienne. En réponse, le comité a fait appel à Hervé Renard, déjà connu pour ses exploits en Afrique, afin de redresser la barre.
Renard n’a eu que deux matchs pour imposer son style. Le deuxième match, contre le Japon, s’est soldé par une nouvelle défaite 4‑0. Le technicien français, présent à son premier banc, a dû regarder son équipe se faire dominer sur le terrain, tandis que les supporters, déjà en colère, ont exprimé leur mécontentement sur les réseaux sociaux. Le message de Renard, appelant à la « fierté », ne s’est pas traduit en performance.
Le choc néerlandais : un match décisif qui confirme la chute
Le 26 juin 2026, à Los Angeles, la Tunisie affronte les Pays‑Bas, déjà qualifiés pour les huitièmes de finale. Dès la troisième minute, Ellyes Skhiri ouvre le score pour les Néerlandais sur un corner, laissant la Tunisie à la traîne. La réponse tunisienne arrive à la 27e minute, grâce à un but de Youssef Msakni, mais l’élan est rapidement brisé par un deuxième but hollandais (Brobbey, 7e minute) qui remet les Pays‑Bas en plein contrôle du match.
Les Aigles de Carthage ont tenté de réagir, mais la supériorité technique et physique des Néerlandais s’est imposée. Un troisième but néerlandais, inscrit dans la seconde période, a scellé le sort du match. Le score final, 1‑3, reflète une différence de niveau criante et confirme que la Tunisie n’a jamais pu rivaliser pendant les 90 minutes.
Des chiffres qui parlent d’eux‑mêmes
Ce revers porte le bilan de la Tunisie à zéro point – une première historique. La différence de buts de -10 (5‑1, 0‑4, 1‑3) place l’équipe derrière le Qatar, Curaçao et l’Ouzbékistan, qui affichent des écarts similaires mais avec un point au tableau. En outre, la Tunisie a concédé au moins trois buts lors de quatre matchs consécutifs, un record négatif dans son histoire internationale.
Sur le plan disciplinaire, le match contre les Pays‑Bas a vu deux cartons jaunes distribués aux Tunisiens, mais aucune expulsion. Cela montre que la défaite n’est pas due à un manque de discipline, mais bien à une insuffisance tactique et à un manque de cohésion entre les lignes.
Réactions en chaîne : le climat explosif au sein de la fédération
À la suite du match, le président de la Fédération tunisienne de football (FTF), Wajdi Bouazizi, a déclaré que la Fédération allait « réévaluer la structure du staff technique » et envisagerait une refonte complète du système de formation des jeunes. Les supporters, qui ont envahi les réseaux sociaux sous le hashtag #StopRenard, réclament la démission du sélectionneur et la mise en place d’un projet à long terme.
Des analystes locaux, comme Hanif Ben Berkane, soulignent que la crise ne se limite pas aux choix tactiques de Renard, mais révèle un problème structurel : manque d’investissement dans les académies, perte de repères pour les joueurs évoluant en Europe, et un système de scouting dépassé.
Comparaison avec les précédents tournois : un revers sans précédent
Lors des Coupes du Monde 1998, 2002, 2006 et 2018, la Tunisie a toujours réussi à obtenir au moins un point en phase de groupes. Même en 2018, l’équipe a terminé avec trois points, grâce à un nul contre le Panama. Le 2026 constitue donc la première fois où la Tunisie quitte le tournoi sans aucun point, un record qui risque de rester gravé dans les annales du football africain.
Cette débâcle rappelle également la performance de la Grèce en 2014, qui a terminé la phase de groupes avec zéro point et une différence de buts de -6. Cependant, la Tunisie dépasse même ce résultat, ce qui alarme les observateurs du continent qui voient en elle une des nations les plus prometteuses des années 2000.
Quel avenir pour les Aigles de Carthage ?
Le mandat de Renard est désormais clairement en péril. La FTF a indiqué qu’une réunion d’urgence se tiendra avant la fin du mois de juillet pour décider du sort du sélectionneur. Plusieurs noms circulent dans la presse tunisienne, notamment celui de Moncef Ouichaoui**, ancien entraîneur du Club Africain, et de **José Mourinho**, qui aurait exprimé un intérêt passager pour le poste.
Parallèlement, la Fédération a annoncé un plan de relance du football de base, incluant la création de six nouvelles académies régionales et un partenariat avec la Ligue des champions de l’UEFA pour former des jeunes entraîneurs. Si ces mesures sont mises en œuvre rapidement, elles pourraient permettre à la Tunisie de rebondir avant les éliminatoires de la Coupe du Monde 2030.